Petit bol gris
Pas de fruit, de cerises
Presque pas de couleur.
« Petit bol gris
A celui qui t’offrit,
Merci…
A celui qui te prit
Bien l’en a pris… »
« Petit bol gris
Pour qui appris-tu
Devenir si précieux,
Par qui appris ? »
Qui te tient
Façonné en sa main
Bien devient
Et levain et devin.
Mais rien aussi.
Tu joues avec précaution
Sur le côté de l’évier
A t’égoutter, perle après perle
Qui suivent, lentes, ton arrondi
A peine grain, si fin !
Je ne connais pas ta matière
Je te porte avec douceur.
Fais attention !
Je te pose sans jamais m’oublier.
Petit bol gris n’a point d’odeur
Hormis celle qui le noircit soudain,
De café marron foncé, de fumée.
Je l’offre avec ferveur
A celui qui en a envie.
L’autre petit bol gris
Est là aussi.
Deux mais c’est tout
Seuls sans odeur
Tout de pâleur.
Te briserais,
Morceaux gris après morceaux gris
Sur le sol rouge...
Tout ce qui tournerait
Basculerait, plongerait
Sourdrait du bruit
Déjà plus qu’un souvenir.
Tu ne ferais pas le poids !
Et lors je ramasserais
Une de tes larges écailles.
Du nez je l’approcherais
Et ton parfum si je cherchais oui, me viendrait.
« Petit bol en tout secret
Tu tiens ton odeur ravine
Tu ne sais plus d’où elle te vient
D’où tu la tiens. »
Elle viendrait râpeuse se frotter
Comme la pierre du plus doux des plaisirs
A l’air qui vient la rencontrer.
Non,
Rien que l’intime souffrance
De t’avoir perdu petit bol.
Tu repartirais dans l’oubli
De qui t’offrit
De qui te prit.
On ne dirait plus
« Petit bol gris »
L’esprit
Qui te fit ?
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